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Accessibilité et design : je t’aime, moi non plus

Le 06-10-2005 par Eric Gateau

La charte graphique constitue une part importante dans l'identification d'un organisme. Sur le Web, il est parfois tentant de privilégier l'intégrité du design au détriment d'utilisateurs qui, de part leur handicap ou leur équipement doivent bénéficier de la possibilité de modifier une mise en page. Mais il s’agit là d’une erreur que cet article tente d’expliciter.

Sommaire

1. Accessibilité et design, une éternelle question
2. Quelques fictions et une réalité
3. Au-delà de la vision
4. Conclusion

1 Accessibilité et design, une éternelle question

Dans le monde du Web, deux sensibilités s'affrontent souvent. D'un côté les partisans de l'accessibilité, réclament des sites Internet où les éléments de mise en page doivent être élastiques pour permettre une plus grande adaptabilité du site Internet à tout type de mode de consultation. De l'autre côté les partisans du design conçoivent des sites où les éléments de mise en page sont fixés au pixel près. La crainte des personnes en charges du site (concepteurs, services communication, services informatiques, webmestres ou décideurs), est le plus souvent de voir le design se dégrader lorsque les utilisateurs modifient les paramètres du navigateur et c'est pourquoi ils préfèrent parfois adopter une mise en page rigide afin d'assurer la préservation de leur charte graphique au détriment d'une meilleure accessibilité.

Il s'agit là d'une double erreur que nous illustrerons en décrivant des situations imaginaires pour les comparer à la réalité du Web et en présentant un panorama des différentes manières de percevoir un site.

2 Quelques fictions et une réalité

Imaginons tout d'abord un présentateur télé, qui avant d'être à l'antenne prend soin de coordonner les couleurs de ses différents vêtements et accessoires : costume, chemise, cravate et pochette forment un ensemble qu'il trouve harmonieux. De plus, sur le plateau, le chef opérateur a placé ses éclairages de manière à mettre en valeur le décor coloré.

Imaginons maintenant qu'il existe un procédé technique pour couper l'émission aux téléspectateurs qui n'ont qu'une télé en noir et blanc. Ainsi le présentateur ou le chef opérateur, lorsqu'il détecte un spectateur avec une télé noir et blanc, coupe le signal puisque les personnes en face de leur écran ne peuvent pas profiter des efforts qu'ils ont faits pour accorder toutes ces couleurs.

Partons maintenant du côté de la presse écrite, et imaginons qu'il existe un moyen de rendre un journal impliable : vous pouvez lire le journal, tourner les pages, mais vous ne pouvez pas le plier en 8 comme vous le faites d'habitude dans les transport en commun par exemple. En fait, la demande du journal impliable vient du maquettiste qui en avait assez que la mise en page qu'il avait faite soit sans cesse dégradée par des lecteurs peu respectueux de son travail.

Allons plus loin. Imaginions un réalisateur qui refuse absolument que l'on modifie de quelque manière que ce soit son film. C'est-à-dire qu'il interdit :

  • Le doublage dans une autre langue pour respecter la bande son originale
  • Les commentaires destinés aux non-voyants et malvoyants pour la même raison
  • Les sous-titres dans une autre langue pour ne pas masquer une partie des images qu'il a créées
  • Les sous-titres destinés aux sourds et malentendants pour la même raison

Toutes ces situations sont bien fictionnelles et dans le cas contraire se révèleraient au moins gênantes et la plupart du temps complètement révoltantes.

Pourtant c'est parfois ce qui se passe sur le Web lorsque certains sites, de part leur conception, ne peuvent pas être consultés et/ou utilisés par certaines personnes. Cette réalité persiste actuellement, un grand nombre de sites et/ou de leurs fonctionnalités ne sont pas accessibles à différents types de personnes car le contenu est présenté d'une façon qui ne permet pas aux utilisateurs de le percevoir et/ou d'interagir avec lui.

3 Au-delà de la vision

La plupart des sites Web sont conçus par des personnes qui ne possèdent pas de handicap particulier et qui en revanche possède une culture particulière. Le mot culture est employé ici dans un sens large, puisqu'il peut s'agir d'une culture propre à une région, un pays ou un continent, une culture propre à l'éducation, une culture Internet, etc.

Il est donc logique d'obtenir comme résultat un site qui ressemble à son concepteur ou à l'organisme auquel il appartient. Et donc la plupart du temps, le site sera considéré comme satisfaisant quand il sera vu avec les moyens techniques habituels utilisés par les personnes en question.

Mais, et c'est bien là que j'insiste, le site n'est pas toujours vu de cette manière. En effet, le site pourra par exemple être perçu :

  • De façon visuelle traditionnelle : la restitution du contenu se fait par le biais d'un écran dont les caractéristiques (taille, résolution, nombre de couleur, paramètres) sont assez proches de celles du concepteur.
  • De façon visuelle modifiée : la restitution du contenu se fait par le biais d'un écran dont les caractéristiques sont éloignées de celles du concepteur. Nous trouvons ici une grande variété de situations et c'est pourquoi nous ne citerons que quelques exemples :
    • les personnes qui utilisent un agrandisseur d'écran, soit un logiciel spécifique, soit les paramètres du navigateur (par exemple, le navigateur opéra permet d'agrandir 10 fois) ;
    • les personnes qui utilisent une feuille de style personnelle ;
    • les personnes qui utilisent l'écran des téléphones portables, d'agenda électronique ou d'assistant personnel pour naviguer.
  • De façon vocale : la restitution se fait par le biais des hauts parleurs grâce à la synthèse vocale d'un lecteur d'écran ou d'un navigateur vocal.

En plus de ces trois moyens techniques de percevoir une page ou un site, il faut ensuite bien entendu ajouter les nombreux critères humains qui entrent en jeu. Ainsi, tout utilisateur, selon sa culture, son éventuel handicap, ses habitudes de navigation, sa connaissance de l'Internet, ses besoins ponctuels, pour consulter et utiliser un site pourra :

  • Percevoir tous les détails
  • Ne percevoir que les titres
  • Ne percevoir que les liens
  • Se repérer sur les informations visuelles (images)
  • Etc.

C'est d'ailleurs pour toutes ces raisons que je préfère dire qu'un site est perçu et non pas vu ou lu afin de ne pas présupposer des capacités et de l'équipement de chaque utilisateur.

4 Conclusion

Donc, en croisant les moyens techniques et les critères humains, nous obtenons un très grand nombre de façons de percevoir un site. Et face à cette multitude, se trouve le site Internet. C'est pourquoi il est ici important de ne pas commettre l'erreur technique de raisonner pour un mode standard ou habituel de consultation et de ne pas commettre l'erreur stratégique d'exclure une partie des visiteurs.

Dans le premier cas, quoi que vous fassiez, certains de vos visiteurs ont besoin d'adapter le site et il serait illusoire de prévoir tous les cas qui peuvent se présenter actuellement et qui se présenteront à l'avenir. De plus, l'identité graphique, qu'il est bien compréhensible d'essayer de conserver, sera perçue comme elle a été imaginée à l'origine par une majorité des visiteurs

Dans le deuxième cas, que ce soit en terme de communication, de rentabilité et d'éthique, l'exclusion d'une partie des visiteurs ne nous paraît pas défendable.

Pour terminer sur une note optimiste, précisons toute même que si le couple accessibilité/design cherche parfois encore ses marques, il lui arrive souvent de travailler en bonne intelligence, pour le plaisir de tous les visiteurs et de tous les créateurs grâce à des gens des deux camps qui font preuve de savoir-faire, d'imagination et d'écoute mutuelle, montrant de cette manière que le couple ressemble plutôt à un couple en devenir qui cherche ses marques qu'à un couple en instance de divorce.

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